Incertains lieux

Agencements se compose d'une installation au sol et d'un dessin mural suggérant des paysages naturels et urbains où les points de vue possibles se démultiplient.

Des boîtes sont disposées à même le sol. Il s'agit de cartons moulés qui protègent les appareils électroniques, les cartouches d'imprimantes, etc. Ces éléments recueillis au hasard des trouvailles le soir et le matin avant la relève hebdomadaire des vieux papiers constituent une sorte de collection engagée cinq ans avant l'exposition. Isolés, les éléments sont des objets sans valeur sculpturale particulière, mais installés ensemble, ils évoquent la projection d'une ville. Le jeu des combinaisons urbanistiques s'étend de telle manière qu'il permet au regard de se perdre en plongeant directement dans les diverses structures architectoniques. L'ensemble de la maquette au sol est en relation avec un dessin mural qui l'enveloppe en même temps qu'il suggère une ouverture. C'est un environnement rappelant divers paysages qui se combinent. Les traits noirs façonnent des perspectives transformant les surfaces blanches des cimaises en une sorte d'infini. La maquette vue du dessus et le dessin regardé de face proposent au spectateur des situations de point de vue en mouvement.

La série de dessin à l'encre de Chine, qui s'inspire du titre de l'exposition Incertains lieux, s'insère directement dans le dessin mural. C'est une série variée dans ses styles et ses sujets mais qui montre des paysages et des architectures faisant parfois référence à l'installation ou au dessin mural. Elle a pour but une réappropriation de plusieurs sens du terme « incertain » lié à celui du lieu. Car si un lieu peut être incertain parce que de l'ordre de la fiction, il peut l'être également dans le registre du réel. Les paysages naturels sont soumis parfois à des transformations (éboulements, érosion, etc.)

Cette idée se regroupe dans les dessins représentant Derborance, Randa ou encore Char. Des lieux deviennent également incertains lorsqu'on essaye de les oublier ou de les effacer mais qui subsistent toujours en tant que souvenirs. Le dessin du lac de Tignes se réfère au village qui avait été englouti sous l'eau en 1952.

Dans un registre moins tragique, incertain approche les questions de l'imaginaire et du mythe comme pour l'Ile des Cyclope (peinture de Nicolas Poussin) ou la gravure représentant la région inventée de « Tendre ». Flatland, pays en deux dimensions inventé par Edwin A. Abott (science-fiction géométrique) fait le lien entre la réappropriation de références et la pièce au sol : quelques éléments choisis sont représentés en plan suggérant un espace réel ou imaginaire. Finalement, plusieurs dessins sont liés à des remarques entendues sur les villes ou régions potentiellement « visibles » à travers la maquette comme Tombouctou, Silicon Valley ou la Cappadoce.

Mes « lieux incertains » font références autant à des endroits que je connais qu'à des films, des livres, des peintures, des images ou des histoires entendues. À chaque fois ce sont des fictions qui se combinent.

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